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Gergely Kiss,

De fratrorum nostrorum consilio ? Les difficultés de gouverner au temps de Boniface VIII

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1Dans le cadre d’un colloque qui s’est tenu en novembre de 2016 à Saint-Étienne1, j’ai eu l’occasion de présenter l’opposition des prélats contre le gouvernement de Charles Ier d’Anjou, roi de Hongrie et ses origines possibles, notamment la formation des corps politiques depuis la fin du xiiie siècle. Aux marges de ce sujet s’en dessinait dès lors un autre, celui de l’opposition entre Boniface VIII et une partie de ses cardinaux. Un bon nombre d’entre eux s’opposait au gouvernement de ce pape dès 1295. C’est le cas, par exemple, des deux Colonna, Jacopo et Pietro, qui ont même rédigé un pamphlet pour réclamer la participation traditionnelle des cardinaux dans le gouvernement de l’Église lesquels étaient en opposition évidente avec l’exercice quotidien du pouvoir de Boniface VIII. Mais ils n’étaient pas les seuls : des théoriciens tels que Jean le Moine se sentaient autorisés à se préoccuper du gouvernement du pape et de ses cardinaux. Celui-ci reposait en théorie sur un partage du pouvoir ce qui était loin d’être conforme à la réalité. La communication que je propose ici aborde cette problématique à savoir les difficultés du gouvernement de Boniface VIII qui a apparemment rompu la tradition d’équilibre qui existait jusque-là entre le pape et les cardinaux.

2Le 31 mai 1303, Boniface VIII délivra un acte judiciaire solennel (Spectator omnium) dans lequel il approuva le droit héréditaire du jeune Charles d’Anjou à monter sur le trône du Royaume de Hongrie. La décision du pape relevait de la juridiction ordinaire ; il faisait allusion à l’« office du pouvoir du vicaire » avec une forte référence au « pouvoir divin » et à la « plénitude du pouvoir »2.

3Pourtant, des « conseillers » sont intégrés dans le processus de décision qui eut lieu sous forme d’un consistoire « élargi » composé normalement du pape et de ses cardinaux. Le cas échéant, des prélats hongrois ont également pris partie en votant pour soutenir Charles Ier. Le texte se sert abondamment d’une formule selon laquelle un acte consistorial peut servir à départager les candidats au trône du royaume hongrois. De même, quelques années plus tard, quand Clément V a renouvelé l’acte de 1303 de Boniface VIII, il fit allusion à la participation de « nos frères », c’est-à-dire de quelques prélats hongrois sans avoir mentionné les cardinaux3.

4Abordons avant tout les prémisses de la décision pontificale. Les documents qui avaient été délivrés par Boniface VIII en 12984 et en 13015 et par son prédécesseur, Nicolas IV, entre 1288 et 12926, ont un point commun : ils se réfèrent tous, sans exception, à l’appartenance du royaume hongrois à la juridiction du Siège Apostolique7. Cette idée provient d’une lettre de Grégoire VII adressée au roi hongrois Salomon (1074) dans laquelle le pape constate que le premier roi de Hongrie, Étienne Ier, avait offert son royaume au Siège Apostolique laquelle monarchie relevait par conséquent du patrimoine de Saint Pierre8. Ce postulat s’enrichit d’un nouvel élément au début du xive siècle, dans le contexte de la succession du pouvoir royal en Hongrie, la descendance mâle des Árpádiens s’étant éclipsée avec la disparition d’André III (14 février 1301)9. La désignation du roi réservée exclusivement au pape et le droit de la libre élection d’un souverain s’opposait ouvertement. La charte de Boniface VIII du 17 octobre de 1301 déclare le droit exclusif de décision du pape. L’acte pontifical souligne que le roi Étienne Ier aurait obtenu sa couronne et son royaume du Siège Apostolique ; Boniface VIII en déduit le droit de décider de la succession en Hongrie10. Cette série de références pontificales avait pour objectif de fournir des arguments solides aux papes pour défendre leurs points de vue en Hongrie. La charte susmentionnée de 1303 de Boniface se distingue sur deux points. Premièrement, il s’agit d’une sentence péremptoire qui exclue tous droits d’appellation et s’avère un verdict définitif. Deuxièmement, c’est le seul acte parmi les autres qui a employé la formule « de fratrorum nostrorum consilio ».

5Les ambitions des papes Nicolas IV, Boniface VIII (et même Clément V) étaient claires quant à la conduite des affaires de Saint Pierre. Toutefois, la formule de l’acte de 1303, qui n’apparaît pas dans les décisions pontificales des années précédentes, remet en question le processus et son enchainement éventuel avec les difficultés qui caractérisaient le gouvernement de Boniface VIII.

6La Curie est un instrument de gouvernement, pourtant, les liens familiaux (qui ne reposent pas forcément sur la consanguinité) s’imposent dans le fonctionnement de celle-ci, comme Thérèse Boespflug l’a remarqué en 2005 : « Cette structure familiale et les alliances qui s’y greffent constituent une toile de fond qu’on ne peut jamais perdre de vue dans l’analyse des relations entre les membres de la Curie au temps de Boniface VIII. À tout moment, cette rosace des liens privilégiés, ou d’hostilité irréductible, intervient dans les événements marquants de la Curie. À plus forte raison et par excellence, dans les rapports avec les Colonna et la croisade menée contre eux, à la suite du vol du trésor par Stefani di Giovanni, le 3 mai 1297 »11.

7Les cardinaux constituent un outil naturel du gouvernement que ce soit en matière de législation, de juridiction ou dans la mise en application de celles-ci. L’opposition de Boniface VIII lui reprochait d’avoir peu consulté l’opinion des cardinaux, voire de les avoir complètement ignorés. Un tel avis se retrouve surtout après 1297 et encore plus au cours des années suivant sa mort, durant le procès instruit contre lui. Les jugements des personnes qui ont subi des dommages par les troupes de Boniface VIII, ceux des deux Colonna, Pietro et Jacopo ou celui de Jean le Moine contiennent souvent des excès,12 mais ils relèvent le problème de fond : le grain de sable qui empêche le bon fonctionnement du gouvernement pontifical.

8L’historiographie a déjà souligné les altercations qui caractérisaient les consistoires au temps de Boniface VIII. La situation s’est beaucoup aggravée avec l’éviction des cardinaux Pietro et Jacopo de Colonna en 1297. Les consistoires se faisaient rares, les réunions privées imposaient des décisions, et le nombre des plus fidèles partisans a diminué dans les dernières années de son pontificat. En 1302, par exemple, trois cardinaux potentiels Gerardus Blancus, Matheus de Aquasparta et Petrus Valeriani de Piperno sont morts13.

9Le texte de l’acte judiciaire du 31 mai 1303 dépeint sous les plus belles couleurs le processus de la décision : se réunissent les prélats, les « frères » du pape qui, tenant « l’office du vicaire du Christ » départagent les prétendants (Charles d’Anjou, Venceslas) pour le trône royal de Hongrie. Une image bien idyllique qui pose la question de savoir si la participation de ces « frères » dans la décision correspond à la réalité du quotidien du gouvernement de ce même pape.

10L’emploi de la formule « de fratrorum nostrorum consilio » rend compte de la coopération harmonieuse entre le pape et les cardinaux dans le processus de cet acte juridictionnel auquel participaient les prélats partisans de la cause de Charles Ier d’Anjou. Cette formule est absente des décisions pontificales qui précèdent l’acte de 1303. La question se pose de savoir si l’usage est en relation avec les critiques s’ébruitant à propos du gouvernement de Boniface VIII.

11Les relations entre le pape et les cardinaux, on le sait bien, n’étaient pas précisément définies. Différentes traditions coexistaient dans le droit canonique et des privilèges particuliers façonnaient également les cadres de cette collaboration. Le Decretum Gratiani reprend un texte abrégé du décret d’élection de 105914. En l’absence du règlement positif, c’est la pratique qui formait les prérogatives des cardinaux dans le haut gouvernement de l’Église du milieu du xiie au début du xiiie siècle15. Les papes et les cardinaux entretenaient des relations fort complexes ce qui rend difficile tout définition de l’essence même du rôle de ces derniers. Plusieurs points de vue sont possibles, à savoir l’idée d’une coopération qui caractérisait la position et l’interconnexion du vicaire du Christ et des cardinaux ou l’évolution historique du terme cardinalis (provenant du mot « cardo » faisant référence au cœur) et son interprétation dans le droit canonique16. Notons avant tout qu’au fond, une coopération continue s’articulait entre eux car les cardinaux ne disposaient pas de la plénitude du pouvoir (plenitudo potestatis). En effet, ils se contentaient de se substituer au pape en cas de vacance ou d’empêchement de ce dernier17. Ils prêtaient assistance aux devoirs liturgiques et donnaient leurs avis et conseils au gouvernement18.

12L’évolution du droit canonique a atteint une nouvelle phase au milieu du xiiie siècle. La vacance précédant l’élection d’Innocent IV en 1243, les débats des années 1268-1271, le décret d’élection de 1274 et enfin la transition de l’abdication de Clément V à l’élection de Boniface VIII donnaient une nouvelle impulsion à l’élaboration d’une nouvelle conception canonique. L’interprétation du rôle des cardinaux dans le gouvernement de l’Église passait du conseil (consilium) au droit de l’accord (consensus) sans avoir pour résultat la formation d’un « consiliarisme » ou encore plus d’une institution « constitutionnelle »19. Les canonistes de la période de la mort de Grégoire IX (1241) à l’élection de Clément V (1307) s’intéressaient beaucoup à la juridiction attribuée aux cardinaux. Peu après la compilation du Liber extra (1234), l’action corporative des cardinaux eut lieu en 1243. La vacance du siège apostolique (1241-1243) y offrait une belle occasion. Une notice des Chronica maiora de Mathieu de Paris rapporte que sept cardinaux s’intitulaient, dans une lettre qui réfère à une affaire de peu d’intérêt, « dépositaires du pouvoir » durant la vacance du Siège Apostolique, à l’occasion de ces années mouvementées qui suivirent le trépas de Célestin IV20. La lettre mentionnée par le chroniqueur était une matière de premier ordre à formuler que « le pouvoir incombe aux cardinaux au moment de la vacance »21. Fait peu frappant, on retrouve les plus illustres canonistes de l’époque parmi les auteurs de la lettre : Sinibaldo Fieschi (cardinal-prêtre de S. Laurentius in Lucina (1227–1243), le futur Innocent IV),22 Rainaldus de Conti di Segni (cardinal-évêque d’Ostie et Velletri (1234–1254))23, le successeur de ce dernier sous le nom d’Alexandre IV, Johannes de Colonna (cardinal-prêtre de S. Praxedis (1212/1217–1244)),24 ainsi que des « grands » des cardinaux, tels que Stephanus Conti (cardinal-prêtre de S. Maria Transtiberim),25 Rainerius Capoccius (cardinal-diacre de S. Maria in Cosmedin (1216–1244)),26 Egidius de Torres Hispanus (cardinal-diacre de SS. Cosmas et Damianus (1216–1246)),27 Otto de Montferrato (cardinal-diacre de S. Nicolaus in carcere Tulliani (1227–1244))28.

13Parmi eux, se distingue Sinibaldo Fieschi qui expliquait la relation du pape et des cardinaux à l’image de celle qui reliait l’évêque et le chapitre. L’assemblée des chanoines coopérait avec l’évêque au gouvernement en donnant son conseil (consilium), néanmoins, l’exercice du pouvoir de l’ordinaire ne rendait pas nécessaire le consensus du chapitre29. Pour l’auteur, le rôle de conseil des cardinaux s’apparent à la fonction des sénateurs30.

14Plus tard, c’est Hostiensis qui traita en détail du pouvoir cardinalice dans son Apparatus ou Lectura in decretales Gregorii IX ce qui est un commenataire qu’il écrit au Liber extra (1271). Il cherchait à définir la nature du conseil des cardinaux et la relation qu’il entretenait avec le pape. Il formula que les cardinaux prenaient part au pouvoir pontifical car ils partageaient avec le pape la plénitude du pouvoir (plenitudo potestatis) au sommet du gouvernement de l’Église. Hostiensis néglige cependant la présentation de l’exercice du pouvoir au quotidien. Il reprit la « théorie de conseil » de chez Fieschi : les cardinaux sont les conseillers du pape, par conséquent ils faisaient partie du pouvoir pontifical31. La prise de position d’Hostiensis s’inspirait sans doute des événements tourmentés des années 1268-1271 contournant l’élection du nouveau pape. L’idée principale de l’auteur s’appuie sur la notion d’« état d’urgence » ; cette nécessité étant la seule qui permette aux cardinaux de s’attribuer le pouvoir pontifical32. Le même principe apparaît dans un autre contexte. D’après une lettre de Grégoire X (1273), les cardinaux devraient donner leur conseil en cas de doute (dubium) 33.

15Le IIe Concile de Lyon mit en vigueur en 1274 le décret Ubi periculum qui fut repris dans le Liber Sextus (1, 6 : De electione et electi potestate, 3 : Ubi periculum). La décision du concile modifia le décret d’élection pontificale établi en 1059 et chargea le conclave de la responsabilité de la nomination par voie de suffrage du nouveau pontife. Dès lors, le collège des cardinaux pouvait exercer le pouvoir pontifical durant la vacance sans avoir une confirmation explicite de la participation des cardinaux au plein-pouvoir (plenitudo potestatis) qui revient de droit au pape34. Ajoutons cependant que le décret de Grégoire X impliquait le consentement des prélats (notamment des évêques et des abbés). En plus, il limitait la responsabilité des cardinaux dans l’élection du pape et sa promulgation35. En somme, une théorie était en train de se mettre en place selon laquelle les cardinaux participent à l’exercice du pouvoir pontifical étant donné qu’ils sont les conseillers les plus intimes du pape. Il n’existait pas cependant un partage du pouvoir entre le pontife romain et ces derniers36.

16L’abdication de Célestin V en 1294 devant le consistoire contribuait au renforcement de l’esprit corporatif. Elle accentuait l’idée qui laissait entendre que les cardinaux s’associeraient au pouvoir pontifical et se substitueraient au pape durant la vacance. D’une part, la démission avait une portée avant tout théorique car elle revitalisait le débat qui contournait, depuis le milieu du xiiie siècle, les prérogatives du collège des cardinaux et sa participation au pouvoir pontifical. D’autre part, elle donnait l’occasion de développer la pratique du gouvernement corporatif.

17À côté des allusions ouvertement politiques – notamment la concurrence des Colonna et des Gaetani –, les pamphlets compilés contre Boniface VIII réclament l’idéal du gouvernement corporatif. Les deux cardinaux Colonna, Jacopo et Pietro, ont formulé trois pamphlets depuis le début de la querelle qui les opposant à Boniface VIII au cours des mois de mai-juin de 1297. Deux points fondamentaux sont à noter parmi les nombreuses critiques portant sur l’élection et le gouvernement de Benedetto Gaetani que les auteurs appelaient simplement « Benedictus ». D’une part, l’abdication de Célestin V fut ciblé et d’importants arguments furent formulés pour démontrer l’invalidité de la démission. Les Colonna doutaient du fond juridique et insistaient sur le character indelebilis de l’office de pape. D’autre part, ils réfutaient le mode de gouvernement de Boniface VIII : la réserve exclusive de la collation des bénéfices ecclésiastiques allait à l’encontre de la décision collective ; l’imposition de son propre intérêt s’opposait à celui des églises locales37. La privation de l’office cardinalice des deux Colonna souligne l’actualité de ce dernier élément, ces derniers reprochant au pape une décision personnelle et autoritaire38. Jacopo et Pietro allaient plus loin en dénonçant la déposition de leur office cardinalice, l’attaque de leurs biens par les troupes de Boniface VIII) dont ils furent la cible. En plus, les auteurs formulaient une solution qui pourrait mettre un terme aux irrégularités. Ils trouvaient qu’un concile général pourrait être autorisé à décider de la validité de la démission de Célestin V, de l’élection et du gouvernement de Boniface VIII. Bien qu’ils n’en aient pas fait mention, il est fort probable que Jacopo et Pietro Colonna attribuèrent au collège des cardinaux un rôle de médiateur car, selon eux, ils partageaient le pouvoir avec le pape, tout comme au moment de sede vacante39. Les deux Colonna renouvelaient ainsi la théorie qui insistait sur le caractère conciliaire de la relation du pape et des cardinaux. Ils attribuaient à ces derniers un rôle constitutionnel en tant qu’élément sine qua non du gouvernement, en concluant que le pape ne pourrait prendre aucune mesure sans avoir consulté le collège des cardinaux. Le pape n’est pas le seul dépositaire de la plénitude du pouvoir (plenitudo potestatis) ce qui est confirmé par le décret d’élection de 1274 (Ubi periculum), et c’est précisément Boniface VIII qui l’abrogea. La proposition de Jacopo et Pietro formule que les cardinaux sont les conseillers nécessaires du pape (cardinales, consciliari necessarii) ; elle recourt à ce que Hostiensis avait formulé. On revient ici à l’idée que les cardinaux font partie du corps du pape (membra corporis pape). Par contre, le rôle constitutionnel des cardinaux manque chez Hostiensis40.

18Les reproches et les solutions proposées par les deux Colonna ont eu un impact remarquable. L’un des illustres canonistes du début du xive siècle, Jean Le Moine41, a recueilli des arguments autour de la légitimité et de la validité des décisions propres des papes. Il a souligné la nécessité pour les papes de chercher le consensus des cardinaux. Il affirme que la légitimité de la décision pontificale repose sur le fait que le pape procède en tant que vicarius Christi. L’auteur en déduit que tout le monde devait se soumettre à la juridiction du pape qui s’étend tant au clergé qu’aux séculiers. Les expressions de Le Moine – ad reformationem pacis, vicarius Christi – sont à retenir car elles reviennent parmi les formules (reformatio regni, officium vicarie potestatis habentes42) que Boniface VIII employait dans l’acte judiciaire qui décida de la succession au trône hongrois. Le Moine se sert des éléments du droit romain lorsqu’il veut définir la relation du pape et des cardinaux. Il fait allusion au lien qui relie le prince et le droit positif. Suivant la théorie de « princeps legibus solutus est », les cardinaux ne pouvaient pas limiter le libre droit de juridiction du pape. Il est cependant souhaitable que le pape consulte leur opinion car même le pontife doit vivre selon ces lois43. De même, l’auteur soutient cette idée en s’inspirant du décret Ubi periculum qui formule que leur rôle se limite seulement à l’élection du pape44. Le Moine reprend, lui-même, l’analogie de l’évêque et du chapitre employée par Fieschi, lorsqu’il veut expliquer le caractère mutuel de la relation du pape et des cardinaux45. En reprenant la formule significative de Rivière : « Jean le Moine se contentait de préciser que le pape avait besoin du consensus des cardinaux, tout en acceptant le plein pouvoir (plenitudo potestatis) du pape contraint seulement par le droit naturel et divin »46.

19Le Moine s’intéressait également au pouvoir collégial des cardinaux. Il retourna à l’idée « traditionnelle » qui voulait qu’un plein-pouvoir leur serait attribué en cas de vacance47. L’auteur approuva le fait que Célestin V avait remis en vigueur le décret Ubi periculum de Grégoire X abrogé par Hadrien V et Jean XXI48.

20L’opinion de ce canoniste influent résume bel et bien l’évolution des conceptions des gloseurs du demi-siècle précédant. Son avis allait néanmoins changer dès 1303. Adoptant un ton de plus en plus critique, il recommanda aux papes de s’abstenir de tout acte despotique fondé sur le plein-pouvoir pontifical. Dans la glose qu’il écrivit pour commenter le décret Rem non novam de Boniface VIII, il fit allusion au cas des Colonna et souligna : la déposition faite sans avoir pris l’aveu de la culpabilité amène la contestation automatique de la décision (questio ex facto emergens)49. Le même changement d’opinion se retrouve également dans la glose de la bulle Unam sanctam50.

21En somme, l’acte judiciaire de Boniface VIII qui décida de la succession au trône hongrois peut avoir une autre interprétation. Par exemple, des éléments traditionnels reviennent dans l’argumentation du plein-pouvoir pontifical, notamment les formules vicarius Christi et ad reformatio pacis employées au service de la revendication de la juridiction dans les causes séculières. Chez Boniface VIII, l’apogée de cette idée se retrouve dans la bulle Unam sanctam et la théorie des deux épées. L’acte judiciaire, la décision portant sur la désignation du roi de Hongrie reprend ces notions. En contraste, néanmoins, Boniface y cherchait à exprimer le caractère collectif de la décision, le consentement des « frères » c’est-à-dire des cardinaux. Cette manière de procéder comporte néanmoins une ambiguïté. La formule de fratrorum nostrorum consilio fait allusion à l’accord des cardinaux tout en sachant que l’acte fut pris sous forme d’un consistoire auquel assistaient des prélats hongrois bien identifiables. La question se pose de savoir si l’accent que le texte a mis sur cette formule était une réflexion sur des actualités contraignantes, la mise à l’écart éventuelle des cardinaux et les critiques qui en ont été déduites. La prise de décision par le « conseil de nos frères » était une formule dont la connotation variait selon le contexte. Des fois, il apparaissait comme une référence banale ; dans autres cas, il faisait allusion à la participation des cardinaux au processus de décision51.

22L’expression était présente dans les sources depuis le xiie siècle avec des connotations variées. Sous le pontificat de Pascal II, elle comprenait les cardinaux, sachant qu’un recours, un usage limité à ces derniers était habituel au temps d’Innocent II. Au milieu du xiiie siècle, s’imposait de plus en plus le rôle conciliaire des cardinaux et le décret portant sur l’élection de 1274 leur offrait une participation effective à l’exercice du pouvoir de juridiction. Un tel intérêt s’est accentué durant le pontificat de Boniface VIII alimenté entre autres surtout par l’opposition des Gaetani et des Colonna. L’absence des cardinaux aux consistoires et les décisions personnelles du pape (on dispose de nombreuses références à partir de 130152) soutiennent l’hypothèse que Boniface VIII avait l’habitude de présenter ses propres actes sous la forme de décisions consistoriales. Est-ce qu’il est possible que la formule « du conseil des frères », qui faisait allusion à l’accord du collège des cardinaux, ait une nouvelle fonction chez Boniface VIII en mettant l’accent sur le plein pouvoir (plenitudo potestatis, vicarius Christi) et en essayant d’exprimer une décision corporative pour voiler les critiques formulées à propos du gouvernement de ce même pape ?

23Le fonctionnement pratique du gouvernement pontifical peut fournir une réponse à cette question. L’analyse qui suit prend en compte le rôle des cardinaux dans les actes majeurs du pape dans une fourchette chronologique entourant la décision judiciaire de la succession du trône hongrois (milieu octobre de 1302 – fin mai 1303). À partir du 6 juin 1302, les cardinaux disparaissent des signataires des bulles pontificales. La dernière date à laquelle un cardinal quelconque a pris part à un acte est le 16 février 1302. Les années 1295 et 1298 étaient charnières. La première était en lien direct avec l’abdication de Clément V et l’élection de Boniface VIII, ainsi que les décès de certains cardinaux53. La raison des créations du 2 mars 1300 reflète cette contrainte tout comme au moment des dernières nominations (15 décembre 1302) 54. Les nombreux décès des cardinaux s’imposaient comme une contrainte évidente : plus d’une douzaine d’eux sont morts entre 1295 et 1302 ce qui rendait nécessaire une suppléance. On ne peut pas dire en revanche que le gouvernement de Boniface VIII ait toujours été équilibré et fondé sur la coopération harmonieuse du pape et des cardinaux.

24L’analyse porte sur la participation des cardinaux en fonction de ceux qui étaient présents à la cour pontificale dans les actes majeurs du pape (privilèges, décisions en relation au pouvoir séculier)55. Durant la période du 21 juin 1295 au 16 février 130256, des 22 cardinaux « hérités » de ses prédécesseurs, 13 se rangent parmi les signataires des bulles pontificales dont 8 étaient en vie en 1302. Il est vrai cependant que Gerardus Blancus décéda le 1er mars 1302, Matthaeus de Aquasparta trépassa le 28 octobre de cette même année ; leur participation éventuelle au gouvernement de Boniface VIII après 16 février 1302 n’est pas pertinente. Il reste donc six cardinaux : Joannes Buccamatius (Tusculanum), Matthaeus Rubeus Ursinis (S. Maria in Porticu), Neapoleo Ursinis, (S. Adrianus), Joannes dictus Monachus (Jean le Moine, SS. Marcellinus et Petrus), Robertus Gallus (0. Cist., S. Pudentiana), Guillelmus Longus (de Longis) Bergomensis (S. Nicolaus in carcere Tulliano). Près d’eux se rangent les deux Colonna qui furent néanmoins privés de leur office par Boniface VIII le 10 mai 1297. Ces derniers furent réhabilités seulement le 2 février 130657. Des six cardinaux, la répartition des signatures fait la proportion suivante : Jean le Moine : 152, Robertus Gallus et Guillelmus Longus : 342, Neapoleo Ursinus : 615, Mattheus Rubeus Ursinus : 555. Leurs activités s’achèvent toutes le 16 février 1302. Seul Joannes Buccamatius reste actif parmi les « anciens » cardinaux, mais cette activité forte (664 signatures) se limite aux années 1295-1300.

25Cinq créations de cardinaux sont à dénombrer durant le pontificat de Boniface VIII (23 janvier, 13 mai et 17 décembre 1295, 4 décembre 1298, 2 mars 1300, 15 décembre 1302) ; 15 cardinaux furent nommés. Parmi eux, 9 étaient encore en fonction en février de 1302. Cependant, nombreux d’entre eux étaient inactifs à ce moment, tels que Valerianus Duraguerra de Piperno (S. Maria nova) qui s’exlipse en 1297 ou Franciscus Cajetanus, (S. Maria in Cosmedin), Niccolò Bocassini (S. Sabina), Lucas de Flisco et Lavaniae comitibus (S. Maria in via lata) qui disparaissent du gouvernement pontifical à partir de 1300. Pour ce qui est des autres (Franciscus Neapoleonis Ursinus Romanus (S. Lucia in Silice), Jacobus Cajetanus de Stephanescis (S. Georgius ad velum aureum), Theodericus Rainerii de Urbeveteri (S. Crux in Jerusalem), Leonardus de Gratino Patrassus (Albano), Gentilis de Monteflorum (S. Martinus in Monte), la date finale de leur activité est également le 16 février 1302.

26Les différences de la période entière de fonctionnement et la participation effective au gouvernement s’explique par différentes raisons : les cardinaux étaient souvent autorisés à avoir des charges hors de la curie romaine (par exemple, des légations). L’absence éventuelle des cardinaux n’est point surprenant. Il est rare que tous les cardinaux aient participé ensemble au gouvernement58. Il y avait seulement deux personnes marginalisées sous le pontificat de Boniface VIII, qui sont, fait peu surprenant, les deux Colonna, Jacopo et Pietro. Il est néanmoins frappant de remarquer la césure qui intervient le 16 février 1302 : les cardinaux disparaissent tous du processus de décision, ni les « anciens », ni les « nouveau » n’y participent59. Boniface VIII créa deux nouveaux cardinaux en décembre 130260. Plus de 150 bulles furent délivrées pendant la dernière phase de son pontificat, mais les deux cardinaux n’y furent pas mentionnés61 ce qui souligne l’importance de la date du 16 février 1302.

27L’accent mis sur la formule « du conseil de nos frères » et du caractère consistorial de l’acte pontifical du 31 mai 1303 est contrebalancé dans le même texte par l’allusion au plein pouvoir du pape (vicarius Christi, plenitudo potestatis). La référence à une décision collégiale ne rencontrait plus la participation active des cardinaux au processus de la décision judiciaire ; cette formule comprenait à ce moment précis seulement les prélats hongrois présents à la cour pontificale. Néanmoins, la formule faisait allusion à un acte pris de concert avec les conseillers naturels du pape. Ainsi, la phraséologie de la décision judiciaire de la succession du trône hongrois était en effet une remarque aux critiques formulées autour de la manière de gouverner : son but était de saper les pamphlets des Colonna, mais également les remarques négatives de Jean Le Moine. Cette réponse s’oppose en tous cas à la pratique qui se déploie après le 16 février 1302.

Table I. Promotions et cardinaux actifs durant le pontificat de Boniface VIII

Cardinaux anciens (en fonction en 1302)

Card. créés par Boniface VIII

Card. inactifs en 1302

Card. actifs en 1302

Card. Actifs après 16-2-1302

Promotions

1er (23-1 – 13-5-1295)

2e (17-12-1295)

3e (4-12-1298)

4e (2-3-1300)

5e (15-12-1302)

somme des prom. 1‒5 (en fonction en 1302)

(13 anciens + 9 créés par Boniface VIII)

22 (13 actifs)

1

5

4

3

2

15/13 (compter les deux Colonna déposés) (9)

5 anciens + 4 créés

6 (8) + 5

0

Notes go_to_top

1 Pécout Th. (dir.), Les officiers et la chose publique dans les territoires angevins (XIIIe-XVe siècle) : vers une culture politique ? Gli ufficiali e la cosa pubblica nei territori angioini (XIII-XV secolo) : verso una cultura politica ?, Collection de l'École française de Rome, Rome, 2020.

2 « Spectator omnium cunctorum prescius rex eternis civitatem Ierusalem ruituram previdens, flevit compassibiliter super illam. Numquid igitur et nos, eius officium vicarie potestatis habentes, fletus arcere possumus mitigare punctionis aculeos, gemitus cohibere, videntes acerbe regni Ungarie collapsi per plurimum dissidia gravia, inculcata frequentius diminutionis incommoda et ruinam taliter imminentem ? […] Nos vero habita super iis cum fratribus nostris examinatione solemni, profunda maxime meditatione pensantes statum prefati regni Ungarie miserabilem et depressum, flebili quidem compassione de plenitudine potestatis, […] de fratrum nostrorum consilio decernimus, diffinimus, declaramus, et volumus, […] ». Vetera monumenta historica Hungariam sacram illustrantia, vol. I, éd. Theiner A., Romae, Typis Vaticanis, 1859, p. 397-399.

3 Au 7 août 1307 : Vetera monumenta historica Hungariam, op. cit., p. 417-421.

4 Vetera monumenta historica Hungariam, op. cit., p. 382-383.

5 Vetera monumenta historica Hungariam, op. cit., p. 387-388.

6 Fraknói V., Magyarország egyházi és politikai összeköttetései a római Szent-székkel [Les relations ecclésiastiques et politiques de la Hongrie et le Siège Apostolique], vol. I, 1000-1417, Budapest, Franklin, 1901, p. 92, 98, 99 ; Vetera monumenta historica Hungariam, op. cit., p. 361-366, 372-375 ; Regesta pontificum romanorum inde ab anno post Christum natum MCXCVIII ad annum MCCCIV, 2 vols., éd. Potthast A., Graz, Akademische Druck- und Verlaganstalt, 1957 (neudruck), nr. 23339 ; Les registres de Nicolas IV, 2 vols., éd. Langlois E., Paris, Thobin E., 1886, nr. 4425, 4426, 7563 ; Jadin L, « 4. Benvenuto d’Orvieto », in : Baudrillart A. et al. (dir.), Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastique, vol. 8, Paris, Letouzey et Ané, 1934, col. 289-290, ici col. 290 ; Hierarchia catholica medii aevii sive summorum pontificum, S.R.E. cardinalium, ecclesiarium antistitum series, vol. I, éd. Eubel C., Münster, Libraria Regensburgiana, 1913-1914, p. 242, note nr. 4 ; Moroni G., Dizionario di erudizione storico-ecclesiastica, vol. XLVIII, Venezia, Tipografia Emiliana, 1848, p. 10-13.

7 Cf. en général : Kiesevetter A., « L’intervento di Niccolò IV, Celestino V e Bonifacio VIII nella lotta per il trono ungherese (1290–1303) », in : Bonincontro I. (dir.), Bonifacio VIII. Ideologia e azione politica. Atti del convegno organizzato nell’ambito delle celebrazioni per il VII centenario della morte : Città del Vaticano, Roma, 26-28 aprile 2004. Roma, Istituto storico italiano per il medio evo, 2006, p. 139-198.

8 « […] Nam sicut a maioribus patrie tue cognoscere potes, regnum Vngarie sancte Romane Ecclesie proprium est a rege Stephano olim Beato Petro cum omni iure et potestate sua oblatum et devote traditum […] ». Diplomata Hungariae antiquissima, vol. I, 1000–1131, éd. Györffy G., Budapest, Akadémiai Kiadó, nr. 68.

9 Et même avant, en 1290, à la mort de Ladislas IV, la succession de d’André III « le vénétien », fut contestée par les Angevins de Naples et la papauté. Cf. Kiesevetter A., « L’intervento di Niccolò IV, … », op. cit.

10 Près de Charles Ier, le roi de Bohême, Venceslas II réclamait la couronne de la Hongrie pour son fils. Venceslas III fut couronné par l’archevêque de Kalocsa, il délivrait ses chartes en Hongrie sous le nom de Ladislas entre 1301 et 1304. Un troisième prétendant était Otton de Wittelsbach. Un des oligarques, la woïwode de Transylvanie, Ladislas Kán l’a privé de la couronne, recupérée par Charles Ier en 1309.

11 Boespflug T., La curie au temps de Boniface VIII. Étude prosopographique, Roma, Istituto storico italiano per il medio evo, 2005. p. 19.

12 Cf. les quelques exemples typiques cités par Paravicini Bagliani A., Boniface VIII. Un pape hérétique ?, Paris, Payot & Rivages, 2003, p. 185-188.

13 Paravicini Bagliani, A., Boniface VIII, loc. cit. ; Boespflug T., La curie, op. cit., p. 27-28, 572.

14 Conetti M., « Les pouvoirs du collège des cardinaux dans les pamphlets de Jacopo et Pietro Colonna contre Boniface VIII », Revue de droit canonique 53 (2003 : 2), p. 337-360, ici p. 344 ; Corpus Iuris Canonici. Editio Lipsiensis secunda post Aemilii Ludouici Richteri curas ad librorum manu scriptorum et editionis Romanae fidem recognouit et adnotanionae critica instruxit Aemilius Friedberg. Pars prior : Decretum magistri Gratiani. Lipsiae, Bernhard Tauchnitz, 1879, (dans ce qui suit : DG) Distictio XXIII, c. 1.

15 Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 345.

16 La liste des références citées ci-dessous n’a point d’exhaustivité : Sägmüller J.-B., Die Thätigkeit und Stellung der Cardinäle bis Bonifaz VIII, Freiburg in Breisgau, Herdersche Verlagshandlung, 1896 ; Kuttner S., « Cardinalis : The history of a canonical concept », Traditio 3 (1945), p. 129–214 ; Andrieu M., « L’origine du titre de Cardinal », in : Miscellanea Giovanni Mercati. V. Storia ecclesiastica – diritto, Città del Vaticano, Bibliotheca Apostolica Vaticana, 1946, p. 113-144 ; Ganzer K., Die Entwicklung des auswärtigen Kardinalats im hohen Mittelalter. Ein Beitrag zur Geschichte des Kardinalkollegiums vom 11. bis 13. Jahrhundert, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 1963 ; Fürst C.-G., Cardinalis. Prolegomena zu einer Rechtsgeschichte des römischen Kardinalkollegiums, München, Wilhelm Fink, 1967 ; Hüls R., Kardinäle, Klerus und Kirchen Roms 1049–1130, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, 1977 ; Figueira R.-C., The canon law of medieval papal legation, Penn Arbor, Cornell University, 1980 ; Blet P., Histoire de la Représentation Diplomatique du Saint Siège des origines à l’aube du xixe siècle, Città del Vaticano, Archivio Vaticano, 1982 ; Paravicini Bagliani A., « De fratrum nostrorum consilio. La plenitudo potestatis del papa ha bisogno di consigli ? », in : Casagrande C.,Crisciani C., Vecchio S., Consilium. Teorie e pratiche del consigliare nella cultura medievale, Firenze, SISMEL-Edizioni del Galluzzo, 2004. p. 181-194.

17 Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 345.

18 Paravicini Bagliani, A. « De fratrorum nostrorum consilio », op. cit., p. 183–184.

19 Cette possibilité a été formulée par Brian Tierney et Robert Scholz. Tierney B., Foundations of the Conciliar Theory. The Contributions of the Medieval Canonists from Gratian to the Great Schism, Leiden – New York – Köln, 1998. (Enlarged new edition) 158-159 ; Scholz R., Die Publizistik zur Zeit Philipps des Schönen und Bonifaz' VIII. Ein Beitrag zur Geschichte der politischen Anschauungen des Mittelalters, Stuttgart, Ferdinand Enke, 1903, p. 190-207. Par contre Conetti rejette l’idée de toute organsitation revêtue du caractère de « parti ». Pour lui, l’argument principal est que même les cardinaux hostiles à Boniface VIII (Napoleone Orsini et Guiglelmo Longhi) s’opposèrent auxdeux Colonna, aucun « front » ne formait contre le pape. Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 347-348.

20 « Nos autem, penes quos potestas residet, apostolica sede vacante ». Mathaei Parisiensis monachi Sancti Albani Chronica maiora, Ed. Luard H.-R.. vol. IV, London, Longman, 1877. Cf. Dykmans M. « Les pouvoirs des cardinaux pendant la vacance du Saint Siège d’après un nouveau manuscrit de Jacques Stefaneschi », Archivio della Società romana di storia patria – Archivio della Deputazione romana di storia patria. 104 (1981), p. 119-145, ici p. 132.

21 « Exemplum ad quod potestas papalis ad fratrum universitatem divolvitur sede vacante papali et super hoc littera universitatis ». Chronica maiora, op. cit., p. 250.

22 Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 6, 43.

23 Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 6, 35.

24 Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 4, 45. Cf. Cristofori F., Cronotassi dei cardinali di santa romana Chiesa nelle loro sedi suburbicarie titoli presbiteriali e diaconie dal secolo V all’ anno del Signore MDCCCLXXXVIII, compilata sui manoscritti originali et avtentici essistenti nellea biblioteca e negli archivi vaticani e su molteplici altre fonti storiche edite et inedite antiche e moderne. Roma, Tipografia de Propaganda Fide, 1888. 62, 238 ; P. Colonna : I Colonna dalle origini al sec XIX, Roma, s. e., 1927, p. 15-18 ; Hagemann W., « Rainald von Spoleto und die Marken in den Jahren 1228/29 », in : Fleckenstein J., Schmidt K. (dir.), Adel und Kirche. Gerd Tellenbach zum 65. Geburtstag von Freunden und Schülern, Freiburg in Breisgau, Herder, 1968, p. 436-457, ici p. 444-445 ; Leonhard J., Die Seestadt Ancona im Spätmittelalter. Tübingen, Niemeyer, 1983, p. 133-135 ; Longnon J., L’empire latin de Constaninople. Paris, Payot, 1949, p. 157-159 ; Maleczek W., « Colonna, Giovanni », in : Dizionario Biografico degli Italiani 27 (1982) (online) ; Werner Maleczek : ’295. Jean de Colonna’. in : Baudrillart A. et al. (dir.), Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastique, vol. 26, Paris, Letouzey et Ané, 2000, col. 1426–1427 ; MacGillivray N.-D., The Despotate of Epiros, 1267-1479. A Contribution to the History of Greece in the Middle Ages, Oxford, Blackwell, 1957, p. 50–52 ; Sütterlin B., Die Politik Kaiser Friedrichs II. und die römischen Kardinäle in den Jahren 1239–1250, Heidelberg K., 1929 (Heidelberger Abhandlungen Heft 58.), p. 122-124 ; Thumser M., Rom und der römische Adel im späten Stauferzeit. Tübingen, Niemeyer, 1995, (Bibliothek des Deutschen Historischen Instituts in Rom, 81.) p. 66-75 ; Wenck K., « Das erste Konklave der Papstgeschichte », Quellen und Forschungen aus italienischen Archiven und Bibliotheken 18 (1926), p. 118–137 ; Wolff R.–L., « Politics in the Latin Patriarchate in Constaninople », Dumbarton Oaks Papers 8 (1954), p. 225–303, ici p. 262 ; Egidi P., Necrologi e libri affini della provincia Romana. Necrologi della città di Roma, 2 vols. Roma, Istituto Storico Italiano per il Medioevo, 1908–1914. (Fonti per la storia d’Italia 44-45.) vol. I, p. 285 ; Paravicini Bagliani A., I testamenti dei cardinali del duecento. Roma, Società alla Bibliotheca Vallicelliana, 1980, (Miscellanea della Società Romana di Storia Patria 25.) p. 9, nr. 6/1.

25 Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 4, 44.

26 Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 4, 51.

27 Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 5, 49. Innocent IV (4 janvier 1253) À la requête d’Egidius, l’exécuteur du testament de Johannes de Colonna le pape mandata à l’abbaye de Sainte-Geneviève de Paris de payer au neveu de Johannes, Eudes de Colonna les 200 marcs d’argent qui Lorenzo de Chevele avait déposés chez eux. Les registres d’Innocent IV, 4 vols. éd. Berger E., Paris, Ernest Thorin, 1881-1919, nr. 6179 ; Paravicini Bagliani A., I testamenti dei cardinali, op. cit., p. 9, nr. 6/2.

28 Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 6, 52.

29 Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 345.

30 Tierney B. Foundations of the Conciliar Theory, op. cit., 160.

31 Glose Cardinalium ad X 1, 24, 2 : « Six dicti a cardine, quia sicut cardine regitur ostium, ita per istos regi debet officium ecclesie”, X 3, 4, 2 : Glose In synodo „Sunt enim cardinales pars corporis domini pape … et cum e urbem iudicant et disponunt”, Glose ad X 5, 38, 14 : „cardinales includelentur etiam in expressione plenitudo potestatis », Glose Fratres nostri, X 4 17, 13 « inter cardinales quippe et papam tanta est unio, ut sibi ad invicem omnia communicare deceat, sicut enim inter episcopum et capitulum suum maior est communio quam inter eundem episcopum et ceteras ecclesias sue diocesys … sic multo magis et multo excellentius maior est unio inter papam et collegium Romane ecclesie quam etiam inter aliquem alium patriarcham et capitulum suum … et tamen patriarcha sine consilio fratrum non debet ardua expedire …. Multo fortius ergo decet papam consilia fratrum suorum requirere, nam et firmius est iudicium quod a pluribus queritur, xx. dist. De quibus [D. 20, c.] ». Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 345-347. D’après Tierney, Hostiensis formule une idée constitutionnelle, voir Tierney B., Foundations of the Conciliar Theory, op. cit., p. 149-153.

32 « Romanus pontifex, qui plenitudem potestatis obtinet […]. Sed pone, papam mortuum, quaero penes quem resideret haec potestas ? Utique penes ecclesiam, dormitat tamen exercitium, donce caput creetur […]. Sed numquid collegium cardinalium habet iurisdictionem papae et exercitum ipsius ? [… Cardinales] illam potestatem, illam iurisdictionem habere videntur, per totam christianitatem, quen et papa […] ». Dykmans Marc, Les pouvoirs des cardinaux, op. cit., p. 132–133. Hostiensis est plus claire à un autre lieu : « nil decet papam facere sine consilio fratrum suorum ». Sägmüller Johann Baptist, Die Thätigkeit und Stellung, op. cit., p. 244 ; Paravicini Bagliani A., De fratrorum nostrorum consilio, op. cit., 186.

33 Ibid., 185.

34 Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 347.

35 Tierney B., Foundations of the Conciliar Theory, op. cit., p. 165-166 ; Paravicini Bagliani A., De fratrorum nostrorum consilio, op. cit., 187-189.

36 Tierney, B., Foundations of the Conciliar Theory, op. cit., p. 144 ; Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 347.

37 Ibid., p. 352.

38 Ibid., p. 352-353.

39 Ibid., p. 353.

40 Ibid., p. 354–355.

41 On retrouve l’influence des pamphlets des Colonna chez Lemoine, notamment dans ses gloses rédigées pour le Liber Sextus, il y renvoie indirectement en tant qu’exemples des thèses remettant en question le pouvoir du pape. Cf. Apparatus ad Librum Sextum Decretalium, VI, 2,14,2 ; 5,2,4 ; X,1,6,3. Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 355-357.

42 Vetera monumenta historica Hungariam, op. cit., p. 397-399.

43 « Tamen secundum leges ipsum vivere decet […] ». Apparatus ad Librum Sextum Decretalium, V. ii, 4. – cité par Tierney B., Foundations of the Conciliar Theory, op. cit., p. 169. Notons que l’auteur y précise que les décrets de Boniface VIII sont à rejeter car ils furent pris absque fratrum consilio.

44  Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 355-357.

45 Scholz R., Die Publizistik, op. cit., p. 196. Ces idées sont fort caractéristiques et elles se retrouvent dans les gloses formulées au Liber Sexttus et à la bulle Unam Sanctam.

46 Cité par Tierney B. Foundations of the Conciliar Theory, op. cit., p. 170.

47 « Sede vacante plenitudo potestatis residet penes cetum cardinalium ». Il formule une opinion identique en se servant d’un autre exemple. C’est précisément durant une période charnière qui sépare la démission de Célestin V et l’avènement de Boniface (1294) que les cardinaux procédèrent à la base du pleine pouvoir : « per cetum cardinalium penes quem plenitudo potestatis sede vacante residet » – cité par Dykmans M., Les pouvoirs des cardinaux, op. cit., p. 135. Cf. Tierney B., Foundations of the Conciliar Theory, op. cit., p. 171.

48 « Hec decreta per Adrianum papam fuit quoad omnem eius effectum suspensa et Joannes XXI dictam suspensionem qui non fuit in scriptis redacta ratificavit, et de fratrum consilio eam quoad omnem eius effectum suspendit. Et Celestinus hanc decretalem in statum pristinum restauravit » – cité par Dykmans M., Les pouvoirs des cardinaux, op. cit., p. 135.

49 Scholz R., Die Publizistik, op. cit., p. 197 ; Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 355-357.

50 Scholz R., Die Publizistik, op. cit., p. 197-198. Cf. Tierney, B., Foundations of the Conciliar Theory, op. cit., p. 163-164.

51 En général : Paravicini Bagliani A., De fratrum nostrorum consilio, op. cit., p. 181-194.

52 Ibid., p. 190-194.

53 Entre janvier et mai de 1295 Boniface VIII créa un seul cardinal (son nepos du même nom), tandis qu’au 17 décembre 1295 il nomma 5 nouveaux cardinaux. Des créatures héritées de ses prédécesseurs quatre meurent avant les créations de décembre de 1295. Au 4 décembre 1298 quatre nouveaux cardinaux furent créés, depuis la dernière nomination de 1295 cinq cardinaux ont trépassé.

54 Ici le nombre des créations et des décès s’égale (2 sur 2).

55 Cf. Table I.

56 D’après Regesta pontificum romanorum, op. cit. nr. 24020–25283, vol. II, p. 2024 et Les registres de Boniface VIII, 4 vols., éd. Digard G. et alii. Paris, Thorin E., 1884-1935. L’analyse débute de la première charte déliveé sous le pontificat de Boniface VIII, et s’achève par le dernier acte auquel les cardinaux ont assisté.

57 Conetti M., « Les pouvoirs du collège », op. cit., p. 357-360 ; Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 10, 11.

58 Cf. l’oeuvre magistrale traitant le milieu du xiiie siècle (1227–1261) : Paravicini Bagliani A. : Cardinali di Curia e „familiae” cardinilazie dal 1227 al 1254. I–II. Padova, 1972. (Italia sacra 18–19.) 397–441.

59 Regesta pontificum romanorum, op. cit., vol. II, p. 2024.

60 Hierarchia catholica medii aevii, op. cit., p. 13.

61 Regesta pontificum romanorum, op. cit., nr. 25129-25283.



go_to_top L'auteur

Gergely  Kiss

Université de Pécs. Les recherches sont soutenues par l’Office National de l’Innovation et de Recherches (NKIFH NN 124763) : « Papal Delegates in Hungary in the XIVth Century (1294-1378) – Online Database » et par le Programme d’excellence des institutions de l’enseignement supérieur « NKFIH-1150-6/2019 » et « TKP2020-IKA-04 ». Je voudrais exprimer ma gratitude à Isabelle Mathieu et Isabelle Ortega pour leur aide, leurs conseils et suggestions.

Pour citer cet article go_to_top

Gergely Kiss, « De fratrorum nostrorum consilio ? Les difficultés de gouverner au temps de Boniface VIII », Mémoire des princes angevins 2020, 13  | mis en ligne le 23/12/2020  | consulté le 22/10/2021  | URL : https://mpa.univ-st-etienne.fr:443/index.php?id=511.